L'Église anglicane récompense un religieux ayant loué Ben Laden

L'Église anglicane récompense un religieux ayant loué Ben Laden
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L'Église anglicane d'Angleterre se retrouve au cœur d'une polémique majeure après avoir décerné un prix pour la coopération inter-religieuse à un religieux pakistanais controversé. Cette distinction, remise le 11 septembre dernier lors d'une cérémonie à Lambeth Palace, soulève de nombreuses questions sur les processus de vérification mis en place par l'institution religieuse.



L'affaire concerne Hafiz Tahir Ashrafi, président du Conseil pakistanais des oulémas, qui avait par le passé tenu des propos élogieux envers Oussama ben Laden, le responsable des attentats du 11 septembre 2001. Face à la vague de critiques, l'Église d'Angleterre a annoncé jeudi qu'elle allait "réexaminer" cette attribution en urgence.



Une cérémonie de distinction qui tourne au scandale



Le 11 septembre dernier, Sarah Mullally, archevêque de Canterbury et cheffe de l'Église d'Angleterre, a présidé une cérémonie de remise de prix à Lambeth Palace, le siège historique de l'institution à Londres. Parmi les 27 personnes distinguées figurait Hafiz Tahir Ashrafi, récipiendaire d'un prix "pour la réconciliation et la coopération inter-religieuse".



Cette distinction est passée relativement inaperçue dans un premier temps, avant que les journaux conservateurs britanniques The Telegraph et The Daily Mail ne révèlent jeudi les déclarations passées du religieux pakistanais. Ces révélations ont immédiatement déclenché une vive controverse dans les médias et sur les réseaux sociaux.



Des propos controversés datant de 2007



Les déclarations qui posent problème remontent à 2007, dans un contexte particulier de tensions diplomatiques. Cette année-là, la reine Elizabeth II avait décidé d'anoblir l'écrivain Salman Rushdie, auteur des "Versets sataniques", un roman considéré comme blasphématoire par de nombreux musulmans et qui avait valu à son auteur une fatwa de l'ayatollah Khomeini en 1989.



En réaction à cet anoblissement, le Conseil pakistanais des oulémas, organisation regroupant des juristes et théologiens musulmans, avait pris la décision controversée d'honorer Oussama ben Laden, fondateur d'Al-Qaïda. Hafiz Tahir Ashrafi avait alors déclaré à l'AFP : "Nous sommes heureux de décerner le titre de 'Saifullah' (épée d'Allah) à Oussama ben Laden après la décision du gouvernement britannique de conférer le titre de 'Sir' à Rushdie le blasphémateur".



La réaction de l'Église d'Angleterre



Face à la polémique grandissante, l'Église d'Angleterre a rapidement réagi. Dans une déclaration transmise à l'AFP jeudi, l'institution a indiqué avoir "connaissance des commentaires circulant en ligne attribués à Hafiz Tahir Ashrafi" et a précisé qu'elle allait "réexaminer cette affaire en urgence".



Cette réponse témoigne de l'embarras dans lequel se trouve l'institution religieuse, qui se retrouve dans la position délicate d'avoir honoré une personnalité ayant publiquement célébré le responsable des attentats du 11 septembre, et ce précisément le jour anniversaire de ces tragiques événements.



Un tollé politique et médiatique



La controverse a rapidement pris une dimension politique. Nick Timothy, député conservateur et porte-parole des Tories sur les questions de Justice, a publiquement déploré la "naïveté" de l'archevêque. Cette critique venant d'un membre éminent du parti conservateur souligne la gravité de la situation pour l'Église d'Angleterre.



Sur les réseaux sociaux, l'information a été largement partagée et commentée. Le militant d'extrême droite Tommy Robinson a notamment publié sur X (anciennement Twitter) une photo de Sarah Mullally remettant le prix au religieux accompagné d'une femme vêtue d'un niqab, avec ce commentaire : "La cheffe de l'Église d'Angleterre. J'aurais aimé que ce soit une blague".



La défense du religieux pakistanais



Face aux accusations, un porte-parole de Hafiz Tahir Ashrafi a tenté de défendre son client en affirmant que ses propos étaient présentés "hors de leur contexte". Selon cette version, la déclaration de 2007 ne constituait pas un soutien réel à Ben Laden, mais visait plutôt à "expliquer la blessure ressentie par de nombreux musulmans face à la distinction britannique décernée à Salman Rushdie".



Le porte-parole a également mis en avant "l'engagement de longue date" du religieux "contre le terrorisme et l'extrémisme violent", plaidant pour que ces actions soient prises en compte dans l'évaluation de ses déclarations passées.



Le Conseil pakistanais des oulémas : quelle mission ?



Sur sa page Facebook officielle, le Conseil pakistanais des oulémas se présente comme une organisation créée pour "mettre fin à la recrudescence des violences sectaires et aux affrontements interconfessionnels" au Pakistan. Cette mission affichée contraste fortement avec les déclarations de 2007 qui ont déclenché la polémique actuelle.



L'organisation regroupe des juristes et théologiens musulmans et se positionne comme un acteur du dialogue interreligieux au Pakistan, un pays régulièrement confronté à des tensions communautaires et sectaires.



Le contexte de l'affaire Salman Rushdie



Pour comprendre pleinement cette controverse, il est nécessaire de revenir sur l'affaire Salman Rushdie. L'écrivain américano-britannique avait publié en 1988 "Les Versets sataniques", un roman qui avait provoqué une onde de choc dans le monde musulman. En 1989, l'ayatollah Khomeini, dirigeant de la République islamique d'Iran, avait lancé une fatwa appelant à son assassinat, le jugeant blasphématoire.



Cette fatwa a contraint Salman Rushdie à vivre pendant des années sous protection policière. Malgré le temps écoulé, la menace est restée bien réelle : en 2022, l'écrivain a été poignardé par Hadi Matar, un Américano-Libanais de 28 ans. Cette agression a entraîné la perte de l'usage d'un œil pour Rushdie. Son agresseur a été condamné à 25 ans de prison.



Les questions soulevées par cette affaire



Cette polémique soulève plusieurs interrogations fondamentales concernant les processus de sélection de l'Église d'Angleterre. Comment une personnalité ayant tenu de tels propos a-t-elle pu être distinguée pour son action en faveur de la coopération inter-religieuse ? Quels contrôles ont été effectués avant l'attribution de ce prix ?



L'affaire met également en lumière les défis du dialogue interreligieux et la difficulté d'évaluer les parcours de personnalités évoluant dans des contextes culturels et politiques complexes. La question de savoir si des déclarations passées, même controversées, doivent définitivement disqualifier une personne ayant ensuite œuvré pour la paix reste ouverte.



Pour l'Église d'Angleterre, cette controverse représente un sérieux revers en termes d'image et soulève des questions sur sa capacité à naviguer dans les eaux complexes du dialogue interreligieux à l'ère des médias sociaux, où le passé de chacun peut être rapidement exhumé et largement diffusé.


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info Source : 20 Minutes | Monde

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