L'Indonésie franchit une étape historique dans la modernisation de ses forces navales en accueillant son tout premier porte-avions. Le Giuseppe Garibaldi, anciennement en service dans la Marine italienne depuis 1985, a été officiellement transféré à Jakarta ce vendredi. Rebaptisé KRI Sriwijaya, ce navire de guerre marque l'entrée de l'archipel indonésien dans le cercle restreint des nations d'Asie du Sud-Est disposant d'une telle capacité navale.
Cette acquisition s'inscrit dans une stratégie plus large du président Prabowo Subianto, ancien général, visant à moderniser les équipements militaires vieillissants du pays et à renforcer sa position stratégique dans la région. Toutefois, cette décision soulève des interrogations quant à son coût et sa pertinence opérationnelle.
Un porte-avions reconverti pour des missions humanitaires
Contrairement à l'usage militaire traditionnel d'un porte-avions, l'Indonésie a annoncé que le KRI Sriwijaya sera principalement dédié à des missions non combattantes. Le chef d'état-major de la marine indonésienne, Muhammad Ali, a précisé vendredi que le navire sera affecté à des opérations de secours en cas de catastrophe naturelle.
"L'Indonésie connaît de nombreuses catastrophes. Nous avons donc vraiment besoin d'un navire ou d'une plateforme capable de transporter un grand nombre d'hélicoptères qui permettent d'acheminer rapidement du matériel logistique vers des zones isolées", a expliqué le responsable militaire.
Caractéristiques techniques du navire
Le porte-avions présente des capacités opérationnelles impressionnantes adaptées aux besoins de l'archipel indonésien. Selon le porte-parole de la marine, M. Tunggul, ce navire de 180 mètres de long peut transporter jusqu'à 18 hélicoptères et accueillir jusqu'à 830 personnes à son bord.
Malgré ses 40 années de service dans la Marine italienne, l'état du porte-avions demeure satisfaisant. Muhammad Ali a d'ailleurs souligné que le navire "est encore très bon et l'on peut espérer qu'il puisse être utilisé par la marine indonésienne au cours des 15 à 20 prochaines années".
L'Indonésie rejoint un club très fermé
Avec cette acquisition, l'Indonésie devient le deuxième pays d'Asie du Sud-Est à se doter d'un porte-avions, après la Thaïlande. Cette position renforce symboliquement le statut de la première économie de la région, qui cherche à affirmer sa puissance navale dans un contexte géopolitique régional tendu.
L'archipel indonésien, composé de plus de 17 000 îles et s'étendant sur près de 5 000 kilomètres, présente des défis logistiques considérables, particulièrement lors des catastrophes naturelles fréquentes qui frappent la région.
Des interrogations sur la pertinence économique
L'acquisition du Giuseppe Garibaldi suscite néanmoins des réserves parmi les analystes en matière de défense. Les coûts de maintenance d'un porte-avions, particulièrement élevés, constituent une préoccupation majeure pour un pays aux ressources budgétaires limitées.
Rizal Darma Saputra, analyste au sein du groupe de réflexion Indonesia Institute for Defence and Strategic Studies, s'est montré critique : "Avec un budget limité, d'autres besoins plus pressants et une dette extérieure qui s'accumule, l'acquisition d'un porte-avions ne me semble pas constituer une urgence pour l'Indonésie, compte tenu du coût considérable que cela implique".
Muhammad Fauzan Malufti, chercheur au Center for Strategic and International Studies (CSIS), a quant à lui souligné un paradoxe : "Si sa fonction première est l'aide en cas de catastrophe, son armement pourrait être minimal, étant donné que les opérations de secours ne nécessitent pas d'armement sophistiqué". Cette orientation limiterait davantage les capacités de combat du navire.
Face à ces critiques, le porte-parole de la marine, M. Tunggul, a assuré que le gouvernement indonésien avait procédé à une "évaluation approfondie" avant de finaliser l'acquisition.
Une modernisation militaire ambitieuse
L'acquisition du KRI Sriwijaya s'inscrit dans un programme de modernisation militaire d'envergure lancé par le président Prabowo Subianto. Plusieurs contrats majeurs ont été conclus ces dernières années pour renouveler les équipements vieillissants des forces armées indonésiennes.
En 2022, alors qu'il occupait le poste de ministre de la Défense, Prabowo avait signé un contrat de 8,1 milliards de dollars pour l'acquisition de 42 avions de combat français Rafale. Six de ces appareils ont déjà été livrés en mai dernier, marquant une première étape dans le renouvellement de la flotte aérienne.
L'Indonésie a également commandé en 2024 au français Naval Group deux sous-marins de classe Scorpène, qui seront construits dans le chantier naval indonésien PT PAL. Cette coopération permet non seulement d'acquérir de nouveaux équipements, mais également de développer les capacités industrielles locales.
Des partenariats stratégiques renforcés
Au-delà des acquisitions matérielles, Jakarta multiplie les partenariats stratégiques avec diverses puissances militaires. En juillet dernier, un responsable indien a confirmé que son pays fournirait des missiles à longue portée à l'Indonésie, renforçant ainsi la coopération militaire entre les deux géants régionaux.
Les États-Unis ont également élevé leur relation avec l'Indonésie. En avril, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé que Washington et Jakarta avaient porté leur coopération au rang de "partenariat majeur de coopération en matière de défense".
Plus proche géographiquement, l'Indonésie a signé un traité de sécurité avec l'Australie en février dernier, ouvrant la voie à une coopération militaire renforcée entre les deux voisins du Pacifique.
Ces multiples partenariats témoignent de la volonté de Jakarta de diversifier ses sources d'approvisionnement militaire et de renforcer sa position dans l'équilibre stratégique régional, alors que les tensions en mer de Chine méridionale et dans la région Indo-Pacifique demeurent prégnantes.
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