Un procès aux assises du Puy-de-Dôme s'est conclu vendredi par des réquisitions lourdes dans une affaire d'assassinat conjugal aux multiples facettes. L'avocate générale Jade Godeau a demandé 30 ans de réclusion criminelle pour Sophie Fernandes de Sousa, 44 ans, accusée d'avoir orchestré le meurtre de son compagnon, et 24 ans de prison pour son amant Didier Chatard, 43 ans, qui a matériellement exécuté le crime.
Les faits remontent au 29 juillet 2022, lorsqu'un responsable commercial de 47 ans a été découvert mort dans sa villa de Riom. L'homme avait été battu et étranglé, victime d'un plan meurtrier élaboré par sa propre compagne et l'amant de celle-ci. Cette affaire sordide révèle un mélange explosif de jalousie, de manipulation et d'intérêts financiers.
Deux stratégies de défense diamétralement opposées
L'une des particularités marquantes de ce procès réside dans l'attitude radicalement différente adoptée par les deux accusés face à la justice. Didier Chatard a choisi la voie de l'aveu quasi intégral, reconnaissant sa participation directe au meurtre tout en pointant du doigt sa maîtresse comme instigatrice du crime. À l'inverse, Sophie Fernandes de Sousa a maintenu un déni total malgré l'accumulation de preuves et de témoignages accablants.
Cette différence d'attitude a pesé lourd dans les réquisitions du ministère public. "Lorsqu'on reconnaît les faits, il doit y avoir une différence substantielle de la peine", a insisté l'avocate générale, justifiant l'écart de six années entre les deux réquisitions. Pour la magistrate, la reconnaissance des faits par Chatard "reste rassurant pour les risques de réitération", contrairement à l'accusée principale qui fait preuve d'une "incapacité à se remettre en question".
Un mobile complexe mêlant passion et cupidité
L'analyse des motivations des deux accusés révèle des ressorts psychologiques différents mais complémentaires. Pour Didier Chatard, le mobile relève principalement de l'obsession sentimentale : une volonté de "protéger" sa maîtresse et la fille de celle-ci, doublée d'une jalousie dévorante envers ce qu'il percevait comme un "couple modèle". L'amant supportait mal que Sophie Fernandes de Sousa ne quitte pas son compagnon officiel aussi rapidement qu'il l'espérait.
Concernant l'accusée principale, le mobile apparaît "plus complexe" selon les termes de Jade Godeau. Au-delà d'une "faille narcissique" qui la poussait à croire que son amant "fera tout pour elle", se profile un intérêt financier substantiel. Le couple de victimes et d'accusée gérait ensemble plusieurs sociétés, notamment un parc de jeux pour enfants et un immeuble à Vichy dans l'Allier. Sophie Fernandes de Sousa était désignée comme légataire universelle de l'ensemble de leurs biens communs.
Avec le meurtre de son compagnon, "tout est clôturé financièrement", a souligné l'avocate générale, pointant cette dimension patrimoniale du crime qui s'ajoute aux enjeux passionnels.
Une tentative d'empoisonnement préalable
L'accusation ne porte pas uniquement sur l'assassinat lui-même. Les deux prévenus sont également mis en cause pour avoir tenté d'empoisonner la victime quelque temps avant de recourir à des méthodes plus violentes. Cette première tentative démontre la préméditation et la détermination du couple illégitime à éliminer l'obstacle qui se dressait entre eux.
Cette escalade dans la violence témoigne d'un plan progressif, où les accusés ont d'abord exploré des méthodes discrètes avant de passer à l'acte brutal qui a finalement coûté la vie au responsable commercial.
Le témoignage accablant de la fille de l'accusée
L'un des moments les plus dramatiques du procès est survenu jeudi, lorsque la fille de Sophie Fernandes de Sousa, alors âgée de 15 ans au moment des faits, a été appelée à la barre des témoins. Son témoignage a porté un coup fatal à la défense de sa mère.
L'accusée maintenait avoir passé la nuit du drame chez son amant, accompagnée de sa fille, établissant ainsi un alibi. Mais la jeune femme a qualifié ces déclarations de "fausses de A à Z", contredisant frontalement la version maternelle et fragilisant encore davantage une défense déjà mise à mal par les éléments du dossier.
Des accusations croisées et des mensonges dévoilés
Peu après la découverte du corps le 29 juillet 2022 au matin, Sophie Fernandes de Sousa avait adopté une stratégie de diversion. Elle avait certes admis avoir un amant, mais s'était empressée d'évoquer une relation houleuse avec la victime, accusant son compagnon d'infidélité pour justifier sa propre liaison extraconjugale.
Cependant, les débats devant la cour d'assises n'ont pas démontré la réalité de ces infidélités présumées du défunt. Cette accusation posthume apparaît donc comme une tentative supplémentaire de manipulation de la part de l'accusée, cherchant à ternir l'image de la victime pour atténuer sa propre responsabilité.
Une implication égale malgré des rôles différents
Dans ses réquisitions, l'avocate générale a tenu à souligner un point essentiel : "Je considère que les deux accusés sont autant impliqués l'un que l'autre" dans la mort de la victime. Si les rôles ont pu différer – l'un orchestrant, l'autre exécutant –, la responsabilité morale et pénale est partagée de manière équivalente.
Cette position du parquet souligne que la manipulation psychologique exercée par Sophie Fernandes de Sousa sur son amant ne diminue en rien la gravité de la participation de ce dernier. Les deux ont franchi les limites de l'acceptable, démontrant cette "capacité à transgresser les limites" évoquée par la magistrate.
Le verdict de la cour d'assises du Puy-de-Dôme est désormais attendu. Les jurés devront trancher entre les deux versions présentées et déterminer si la différence d'attitude face à la justice justifie un écart de peine, ou si l'implication égale dans le crime commande des condamnations plus proches. Quelle que soit l'issue, cette affaire illustre les ravages que peuvent causer les passions destructrices mêlées à l'appât du gain.