Stefan Küng aborde les Mondiaux de Montréal sans pression après sa fracture

Stefan Küng aborde les Mondiaux de Montréal sans pression après sa fracture

Le cycliste suisse Stefan Küng s'apprête à prendre le départ des Championnats du monde de Montréal avec un état d'esprit radicalement différent de ses précédentes participations. Après avoir surmonté une grave fracture du fémur en début de saison, le Thurgovien aborde cette échéance majeure sans la pression habituelle qui l'a si souvent handicapé par le passé.



Pour le coureur de l'équipe Tudor, la simple présence sur la ligne de départ au Québec représente déjà une victoire en soi. Une renaissance sportive qui pourrait bien changer la donne dans sa quête d'un titre mondial qui lui échappe depuis des années.



Un parcours semé d'embûches et de désillusions



Stefan Küng a longtemps incarné la figure du "Raymond Poulidor des temps modernes" dans les épreuves contre-la-montre des grands championnats. Le Thurgovien, également détenteur d'un passeport liechtensteinois, a accumulé les places d'honneur sans jamais décrocher le titre suprême tant convoité.



Les déceptions mondiales à répétition



Son palmarès aux Championnats du monde reflète cette malédiction persistante. En 2020, il décroche une médaille de bronze, suivie d'une cinquième place en 2021. Mais c'est sans doute l'édition australienne de 2022 qui restera comme sa plus grande frustration. Alors que tout le monde le voyait enfin remporter ces Mondiaux tant désirés, Küng s'est littéralement effondré dans le final, terminant à seulement trois secondes du surprenant Norvégien Tobias Foss.



L'année précédente, aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2021, le scénario fut tout aussi cruel. Le Suisse manqua la médaille de bronze pour quelques centièmes seulement, terminant au pied du podium à une quatrième place déchirante. Ces échecs répétés témoignent d'une capacité à performer au plus haut niveau, mais également d'une incapacité à franchir le dernier palier au moment décisif.



Les désillusions européennes et l'accident spectaculaire



Au niveau continental, le parcours de Küng n'a guère été plus clément. En 2024, lors des Championnats d'Europe à Zolder, il s'est incliné face à l'Italien Edoardo Affini pour seulement neuf secondes. Deux ans auparavant, en Allemagne, c'est son compatriote Stefan Bissegger qui l'avait devancé d'une seule seconde pour le titre européen.



Mais l'épisode le plus marquant reste sans conteste sa chute spectaculaire lors des Championnats d'Europe 2023. En position aérodynamique, la tête baissée, le coureur n'avait pas aperçu un décalage dans les barrières de sécurité. Il percuta de plein fouet une barrière à environ 1,5 kilomètre de l'arrivée. Malgré un casque brisé, le visage en sang et de profondes blessures, Küng termina l'épreuve à la onzième place, démontrant un courage hors du commun mais également cette obsession qui le caractérise.



La fracture du fémur qui change tout



En février dernier, lors de l'Omloop Het Nieuwsblad en Belgique, Stefan Küng connut un nouveau coup du sort. Une chute violente lui occasionna une fracture du fémur gauche, blessure particulièrement grave pour un cycliste professionnel. Le diagnostic médical fut sans appel et nécessita une intervention chirurgicale immédiate.



Cette blessure majeure l'obligea à rester éloigné de son vélo pendant six semaines complètes, compromettant sérieusement sa saison et remettant en question sa participation aux grands rendez-vous de l'année. Pour un athlète habitué à se mettre une pression considérable sur les événements majeurs, cette fracture aurait pu signifier la fin de ses ambitions pour 2024.



Une reconstruction express et des victoires libératrices



"La saison ne s'est pas passée comme je le souhaitais", a sobrement déclaré le rouleur helvétique depuis le Québec, faisant preuve d'un euphémisme caractéristique. "Avec ce qu'il s'est passé en début de saison, l'objectif est devenu d'arriver en forme ici et d'y être compétitif. C'est le cas, donc je suis déjà heureux de là..."



Cette reconstruction physique et mentale s'est avérée spectaculaire. Küng a retrouvé son niveau de performance comme une fusée, surprenant même les observateurs les plus optimistes. Sa première victoire post-blessure est survenue sur le Tour de Pologne, un succès accompagné de larmes d'émotion qui témoignaient du chemin parcouru depuis février.



La semaine dernière, il a confirmé son retour au sommet en s'imposant lors d'une étape contre-la-montre du Tour d'Espagne. Ces victoires ont une saveur particulière : elles ne sont plus seulement des résultats sportifs, mais des preuves tangibles de sa capacité à surmonter l'adversité.



L'avantage technologique du nouveau matériel



Un autre facteur pourrait jouer en faveur du Suisse cette année : son retour sur un vélo de la marque BMC. Le coureur de Tudor chevauche désormais un modèle "Timemachine Mpc", dont les spécialistes affirment qu'il est "3,7% plus rapide que son prédécesseur". Dans une discipline où les écarts se jouent souvent à quelques secondes, voire quelques centièmes, cette amélioration technologique pourrait s'avérer décisive.



Cette optimisation du matériel, combinée à son expérience et à sa condition physique retrouvée, place Küng dans une position favorable pour viser une place sur le podium, même si le Belge Remco Evenepoel part largement favori de l'épreuve.



Un état d'esprit transformé pour les Mondiaux de Montréal



Ce qui pourrait faire toute la différence cette année, c'est précisément l'absence de cette pression paralysante qui a si souvent pesé sur les épaules de Stefan Küng. Le cycliste helvétique voulait tellement ces maillots distinctifs qu'il s'imposait une tension contre-productive lors des grands rendez-vous.



Cette fois, la perspective est radicalement différente. Après avoir frôlé une fin de saison prématurée, le simple fait d'être aligné au départ à Montréal constitue déjà une superbe victoire. Cette libération mentale pourrait paradoxalement le rendre plus performant que jamais, débarrassé du poids des attentes et des déceptions passées.



Une préparation optimale malgré le décalage horaire



"Je me suis bien acclimaté, pas de problème. Je me sens assez bien", a rassuré Stefan Küng lors d'une récente interview. Le Thurgovien a d'ailleurs fait preuve d'intelligence tactique en "mettant la flèche" quelques jours avant la fin du Tour d'Espagne, s'économisant volontairement pour prendre de l'avance sur le décalage horaire avec le Canada.



"Je me suis bien remis de la Vuelta, la condition et la forme sont là. Maintenant, l'important c'est de les conserver en vue de ce dimanche", a-t-il précisé, démontrant une approche méthodique et réfléchie de sa préparation.



Les caractéristiques du parcours québécois



Le tracé québécois présente des caractéristiques qui pourraient convenir au profil de Küng. Plat comme la main, ce parcours devrait favoriser les rouleurs purs capables de maintenir une puissance élevée sur l'ensemble du contre-la-montre. Si Remco Evenepoel part grand favori, la lutte pour les places d'honneur s'annonce particulièrement ouverte.



Derrière le phénomène belge, plusieurs coureurs peuvent prétendre au podium, et Stefan Küng figure légitimement parmi les prétendants. Sa capacité à gérer l'effort sur ce type de parcours, combinée à son expérience des grands championnats, en fait un candidat sérieux pour une médaille.



La quête du bonheur enfin accessible



La question qui hante désormais les supporters du cyclisme suisse est simple : Stefan Küng aura-t-il enfin droit au bonheur dans un grand championnat ? Après tant de désillusions, de places d'honneur et de quasi-exploits, le Thurgovien mérite-t-il cette consécration qui lui échappe depuis si longtemps ?



Les ingrédients semblent réunis pour que 2024 marque un tournant dans sa carrière. La pression allégée, la confiance retrouvée après ses victoires post-blessure, un matériel optimisé et une préparation soignée constituent autant d'atouts pour enfin franchir ce dernier palier qui le sépare d'un titre majeur.



Dimanche prochain, sur les routes de Montréal, Stefan Küng ne sera pas seulement en quête d'une médaille ou d'un maillot arc-en-ciel. Il cherchera à prouver que la résilience et la persévérance finissent toujours par payer, même après les épreuves les plus difficiles. Quelle que soit l'issue de cette course, "King Küng" a déjà remporté sa plus belle victoire : celle du retour au plus haut niveau après avoir touché le fond.

info Source : 20 Minutes | Sports

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