À 35 ans, Marlen Reusser continue de repousser les limites du cyclisme féminin. La Bernoise a décroché dimanche au Québec son deuxième titre mondial consécutif en contre-la-montre, une performance d'autant plus remarquable qu'elle coïncidait avec son anniversaire. Avec une moyenne impressionnante de 46,660 km/h sur 50 minutes, 24 secondes et 44 centièmes, la Suissesse a pulvérisé la concurrence, reléguant toutes ses adversaires à plus de quarante secondes.
Cette victoire n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat d'une approche scientifique du cyclisme, d'une connaissance approfondie de son corps et d'une expérience accumulée au fil des années. Marlen Reusser incarne parfaitement la cycliste moderne : un savant mélange de puissance physique, d'intelligence tactique et de rigueur scientifique.
Un anniversaire sur le podium mondial
"Je suis assez contente que ce chrono ait eu lieu en matinée. Ça me laissera plein de temps pour me reposer et pour fêter!" a déclaré la championne juste après sa victoire. Partie à 10h30 du matin, elle n'a pas immédiatement pensé à son anniversaire en franchissant la ligne d'arrivée. "Non, je demandais plutôt si j'avais gagné", a-t-elle rigolé, avec cette humilité qui la caractérise.
La journée avait pourtant commencé sous le signe des célébrations. Dès 6h du matin, lors du petit-déjeuner, ses coéquipiers et son entourage lui avaient souhaité un bon anniversaire. Le moment le plus touchant est venu sur le podium, lorsque la foule a entonné "Happy Birthday" en son honneur. "C'était spécial. Un moment tellement cool!" a-t-elle confié, visiblement émue par cette attention collective.
L'expérience comme arme secrète
À un âge où certaines athlètes envisagent déjà la retraite, Marlen Reusser atteint son apogée. La Bernoise, docteure en médecine de formation, aborde sa carrière avec une rigueur scientifique qui fait toute la différence. "Il y a des modèles qui démontrent qu'on peut encore être au top jusqu'à 39 ans. Ce n'est pas une surprise pour moi", a-t-elle analysé avec son pragmatisme habituel.
Arrivée relativement tard dans le cyclisme professionnel en 2014, elle considère cette entrée tardive comme un avantage plutôt qu'un handicap. L'expérience constitue désormais son atout majeur. "Ce n'est pas seulement une histoire de corps, mais de la façon dont on se gère, de comment on se connaît. Moi, je progresse encore, parce que j'apprends toujours et je me comprends mieux", explique-t-elle.
Une course gérée avec intelligence
La stratégie adoptée par Reusser lors de ce championnat du monde illustre parfaitement sa maîtrise mentale. Contrairement à de nombreux coureurs qui demandent constamment des informations sur leurs écarts avec la concurrence, la Suissesse a choisi de ne pas recevoir ces données dans son oreillette. Elle ne savait donc pas qu'elle accusait un retard de 10 secondes au premier pointage face à la Britannique Zoe Bäckstedt, ni qu'elle était encore à 2 secondes à mi-parcours.
"Je me suis concentrée sur les watts que je produisais sur la première moitié du tracé", a-t-elle détaillé. Cette approche basée sur ses propres sensations et ses données de puissance lui a permis de gérer parfaitement son effort. "Après, j'ai senti comment étaient mes jambes et j'ai essayé de faire sur le vélo ce que je pensais devoir faire pour aller jusqu'au bout. Et je pense que je ne l'ai pas mal fait", a-t-elle conclu avec une pointe d'humour et de modestie.
La science au service de la performance
Interrogée sur son secret, Marlen Reusser balaie l'idée d'une recette magique. "Je ne crois pas qu'il y en ait un. Surtout de l'entraînement et un gros support de mon entourage", affirme-t-elle. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une organisation extrêmement sophistiquée.
La championne insiste sur un point souvent méconnu du grand public : le contre-la-montre n'est pas un sport individuel. "On croit souvent à tort que le contre-la-montre est un sport totalement individuel. Mais il y a tellement une grosse équipe et d'expertise autour de ma performance", souligne-t-elle. Cette dimension collective comprend notamment :
- Un travail en soufflerie en Allemagne après le dernier Tour de France pour optimiser l'aérodynamisme
- L'utilisation d'un nouveau vélo spécialement développé pour la compétition
- Un suivi scientifique constant pour rester à jour dans les développements technologiques
- Une équipe d'experts qui analyse chaque aspect de la performance
"Le chrono a pas mal à voir avec la science et il convient de rester à jour dans ses développements. Nous, on le fait très bien", explique-t-elle avec fierté. À cela s'ajoute un avantage naturel : "J'ai la chance d'avoir naturellement une position faite pour cet exercice. C'est un truc que j'ai reçu par la nature."
Des ambitions intactes pour la suite
Quelques jours avant ce championnat du monde, Marlen Reusser estimait que le parcours n'était pas tout à fait à son goût. Elle a pourtant mis toutes ses adversaires à plus de quarante secondes, démontrant une fois de plus sa capacité d'adaptation et sa supériorité dans l'exercice chronométré.
Mais la Bernoise n'entend pas s'arrêter là. Deux autres objectifs se profilent lors de ces championnats du monde au Canada. D'abord le relais mixte prévu mardi matin, où les Suisses partiront parmi les favoris. Puis l'épreuve en ligne de samedi prochain, sur 180,4 km, qui suscite également l'appétit de la championne.
"Je pense que ça me conviendra bien. J'aurai aussi des ambitions, mais ce sera très différent", a-t-elle déclaré avec son habituel sourire. Elle garde en mémoire les championnats du monde de Kigali l'année précédente, où l'incertitude régnait davantage. "On l'a vu à Kigali il y a un an, tout est beaucoup plus ouvert lors de la course sur route, tout y est moins clair. Mais ça reste un objectif pour moi. On ne sait jamais..."
À 35 ans, Marlen Reusser prouve qu'en cyclisme, l'âge peut être un allié lorsqu'il s'accompagne d'expérience, de science et d'une connaissance parfaite de soi-même. La Bernoise a encore de belles années devant elle et pourrait bien continuer à collectionner les médailles mondiales jusqu'à la fin de la décennie.