Merz refuse de démissionner après la déroute de la CDU face aux extrêmes

Merz refuse de démissionner après la déroute de la CDU face aux extrêmes
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Friedrich Merz fait face à une épreuve politique majeure après les résultats désastreux de son parti lors des élections régionales de dimanche. L'extrême droite et l'extrême gauche ont largement devancé la CDU dans deux scrutins cruciaux, plongeant le chancelier dans une crise de légitimité sans précédent depuis son arrivée au pouvoir il y a 16 mois.



Malgré une impopularité record et des appels croissants à son départ, le dirigeant conservateur a clairement affiché sa détermination à poursuivre son mandat et à mener à bien les réformes promises. Cette prise de position intervient dans un contexte politique allemand de plus en plus fragmenté, où les partis radicaux gagnent du terrain aux dépens des formations traditionnelles.



Des résultats électoraux catastrophiques pour la CDU



Les scrutins régionaux de dimanche ont confirmé les pires craintes de la coalition au pouvoir. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, dans le nord-est du pays, l'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a remporté une victoire écrasante avec 37 à 38% des suffrages, contre seulement 16,7% lors du précédent scrutin de 2021. Ce bond spectaculaire témoigne de l'ancrage croissant du parti antimigrants et prorusse dans les régions de l'est du pays.



La CDU du chancelier Merz n'a recueilli qu'un score dérisoire de 5,5% dans cette région, un résultat que le principal intéressé lui-même a qualifié de "désastre". Les sociaux-démocrates se maintiennent en deuxième position avec environ 36% des voix, ce qui devrait leur permettre de conserver le contrôle de l'exécutif régional en formant une coalition avec d'autres partis de gauche.



Berlin bascule à gauche



Dans la capitale allemande, traditionnellement considérée comme une ville ouverte et tolérante, le paysage politique a également connu un bouleversement significatif. La liste menée par Elif Eralp, candidate de Die Linke (gauche radicale), est arrivée en tête avec environ 25% des suffrages, devançant nettement la CDU qui plafonne à 20%.



"Dans notre ville, la liberté et la justice ont triomphé de la haine", a déclaré Elif Eralp dans son discours de victoire, faisant explicitement référence à la menace que représente l'extrême droite. Si Die Linke parvient à former une alliance avec d'autres partis de gauche, elle pourrait ravir la mairie de Berlin à la CDU, symbole supplémentaire de l'affaiblissement du chancelier.



Paradoxalement, l'AfD a également réalisé une percée remarquable dans la capitale, obtenant entre 13,8 et 15,7% des voix selon les estimations, contre environ 9% lors des élections de 2023. Ce résultat "sensationnel", selon les termes des dirigeants du parti, démontre que même dans les bastions urbains progressistes, le discours radical trouve un écho grandissant.



Merz refuse de démissionner malgré la pression



Face à ce double revers électoral, Friedrich Merz a pris la parole dès dimanche soir, chose exceptionnelle pour des scrutins régionaux. Dans une allocution ferme, le chancelier a réaffirmé sa volonté de poursuivre sa mission malgré une impopularité historiquement élevée et plusieurs jours de spéculations sur un possible départ anticipé.



"Je prends cette responsabilité parce que je veux faire avancer notre pays", a-t-il déclaré, reconnaissant toutefois que "la confiance dans les institutions de notre pays diminue". Le chancelier a pointé du doigt les partis radicaux, estimant que cette confiance était "activement sapée par des partis radicaux de gauche comme de droite".



Cette prise de position intervient après des semaines de fragilisation politique pour Merz, dont la popularité est au plus bas depuis le coup de tonnerre du 6 septembre, lorsque l'AfD avait déjà infligé une lourde défaite à la CDU lors d'autres élections régionales. Ces résultats successifs ont alimenté un débat intense au sein de la classe politique sur la capacité du chancelier à redresser la situation.



Un bilan gouvernemental décevant



Arrivé au pouvoir il y a seulement 16 mois, Friedrich Merz avait fait campagne sur trois promesses majeures qui tardent à se concrétiser. En premier lieu, la relance de l'économie nationale, actuellement en stagnation, peine à se matérialiser. Les indicateurs économiques restent moroses et les investisseurs demeurent prudents face à l'incertitude politique.



Sur le plan de la défense, le chancelier s'était engagé à réarmer le pays pour faire face à une Russie de plus en plus hostile. Si des annonces ont été faites, la mise en œuvre concrète de cette politique se heurte à des contraintes budgétaires et à des désaccords au sein de la coalition.



Enfin, sur l'immigration irrégulière, sujet central qui alimente la montée de l'AfD, les mesures promises pour regagner les électeurs passés à l'extrême droite se font toujours attendre. Les désaccords persistants avec le Parti social-démocrate, partenaire de coalition lui aussi en difficulté, paralysent l'action gouvernementale sur ce dossier sensible.



L'AfD remet en question le "pare-feu" politique



Forte de ses succès électoraux, l'AfD intensifie sa pression sur l'establishment politique allemand. Alice Weidel, codirigeante de la formation, a appelé à mettre "fin à la bêtise du pare-feu", ce consensus tacite au sein de la classe politique de ne jamais s'allier avec l'extrême droite.



Cette stratégie d'isolement de l'AfD, maintenue depuis sa création, est de plus en plus difficile à tenir alors que le parti est devenu la deuxième force politique du pays lors des législatives de 2025. Les succès répétés de l'extrême droite pourraient relancer le débat sur d'éventuelles alliances, notamment au sein de l'aile conservatrice de la CDU.



Différentes figures du parti d'extrême droite ont salué tour à tour un "résultat sensationnel" au Mecklembourg et un "bon résultat" à Berlin, témoignant de leur satisfaction face à une progression continue dans tous les territoires allemands.



Une société allemande divisée et inquiète



La percée de l'AfD en Allemagne a été vécue comme un véritable choc dans une large part de la société et de la classe politique. Dans un pays dont l'identité reste profondément marquée par la culpabilité pour les crimes du nazisme, la montée d'un parti classé d'extrême droite suscite des inquiétudes profondes.



Cette division se reflète dans les témoignages des électeurs. Moritz Lembke-Oezer, un Berlinois de 43 ans interrogé par l'AFP, résume bien l'ambivalence de nombreux citoyens : il souhaitait que "la CDU soit sanctionnée" lors du scrutin et "qu'ensuite éventuellement Friedrich Merz ne soit plus là", tout en craignant que cet affaiblissement "puisse profiter à l'AfD".



Ce dilemme illustre la complexité de la situation politique allemande : comment sanctionner un gouvernement jugé inefficace sans pour autant renforcer les partis extrémistes ? Cette équation difficile place les électeurs modérés face à des choix cornéliens qui fragmentent davantage le paysage politique.



Les prochaines semaines seront déterminantes pour Friedrich Merz. Le chancelier devra non seulement accélérer la mise en œuvre de ses réformes, mais également restaurer la confiance d'une population de plus en plus sceptique envers les institutions traditionnelles. L'avenir de sa coalition et, plus largement, de la démocratie allemande face à la montée des extrêmes, dépendra de sa capacité à transformer ses promesses en actions concrètes.


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info Source : 20 Minutes | Monde

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