Hashim Thaçi condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre

Hashim Thaçi condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre

L'ancien président du Kosovo, Hashim Thaçi, figure emblématique de l'indépendance kosovare, a été condamné mercredi à 25 ans de prison par un tribunal spécial siégeant à La Haye. Cette décision historique marque un tournant dans la justice internationale pour les crimes commis durant le conflit des années 1990 dans les Balkans.



Le panel de juges internationaux des Chambres spécialisées sur le Kosovo a reconnu l'ancien chef d'État coupable de plusieurs chefs d'accusation graves, notamment l'arrestation illégale, la torture, le meurtre et le traitement cruel de civils et de prisonniers durant la guerre d'indépendance du Kosovo.



Une condamnation qui clôt des années de procédure



Cette condamnation intervient après plusieurs années d'enquête et de procès devant les Chambres spécialisées du Kosovo, une juridiction internationale établie spécifiquement pour juger les crimes commis durant le conflit qui a opposé la guérilla albanophone de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) aux forces serbes entre 1998 et 1999.



Les charges retenues contre Hashim Thaçi



Hashim Thaçi, ancien commandant de l'UÇK devenu président du Kosovo entre 2016 et 2020, a été reconnu coupable de multiples crimes de guerre perpétrés durant cette période sombre de l'histoire balkanique. Les juges ont établi sa responsabilité dans une série d'actes criminels commis à l'encontre de civils, principalement des Serbes, des Roms et des Albanais considérés comme collaborateurs.



Les charges incluent :




  • Arrestations illégales de civils et de combattants hors combat

  • Actes de torture systématiques dans des centres de détention clandestins

  • Meurtres de prisonniers et de personnes détenues

  • Traitements cruels et inhumains infligés aux détenus



Le parcours d'un héros national devenu criminel de guerre



Hashim Thaçi était considéré comme un héros national au Kosovo, pays dont il avait proclamé l'indépendance en 2008 après avoir été Premier ministre. Son parcours illustre la complexité des conflits balkaniques, où les frontières entre combattants de la liberté et criminels de guerre se sont souvent avérées floues.



L'ancien président avait démissionné de ses fonctions en novembre 2020, quelques jours après la confirmation de l'acte d'accusation à son encontre, et s'était rendu volontairement aux autorités judiciaires. Cette démission marquait la fin brutale d'une carrière politique qui l'avait vu passer du statut de guérillero à celui de chef d'État.



Le rôle des Chambres spécialisées du Kosovo



Les Chambres spécialisées du Kosovo ont été créées en 2015 à la suite d'un rapport du Conseil de l'Europe qui accusait l'UÇK d'avoir commis des crimes de guerre, notamment le trafic d'organes de prisonniers serbes. Bien que basées aux Pays-Bas, ces chambres font juridiquement partie du système judiciaire kosovar.



Cette juridiction hybride a été mise en place pour garantir l'impartialité des procès et protéger les témoins, dans un contexte où les anciens commandants de l'UÇK jouissent toujours d'un soutien populaire important au Kosovo.



Les réactions à la condamnation



La sentence de 25 ans de prison prononcée contre Hashim Thaçi suscite des réactions contrastées. Si la communauté internationale salue généralement cette décision comme une victoire de la justice internationale, elle est perçue avec amertume par une partie de la population kosovare qui continue de voir en Thaçi un libérateur.



Cette condamnation s'inscrit dans un contexte plus large de règlement de comptes avec le passé dans les Balkans, où de nombreux crimes de guerre commis durant les conflits des années 1990 restent encore impunis. Elle envoie néanmoins un message fort sur l'impossibilité d'échapper à la justice internationale, quel que soit le statut politique des accusés.



Avec cette sentence, Hashim Thaçi rejoint la liste des hauts responsables balkaniques condamnés pour crimes de guerre, marquant une nouvelle étape dans la quête de justice pour les victimes des conflits qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie.

info Source : 20 Minutes | Monde

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